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Actualités
 Edito   

Nous sommes superbes, mesdames !



Le soleil d'août me rend toute songeuse. Installée à une terrasse de café, seule, je regarde, à l'abri de mes lunettes de soleil les passants, et surtout les passantes. Et je dois dire que je suis sous le charme. Je nous trouve vraiment belles, pleines de fantaisies, de vie, de couleurs, de lumière. Je comprends que les hommes, et parfois les femmes, craquent pour nous. Le soleil nous va si bien.

L'élégance des femmes de ma génération (j'approche la soixantaine), me rappelle ce qu'étaient mes deux grand-mères. Je les ai toujours vues habillées en noir, car je n'ai jamais connu mes grands-mères. J'avais dix ans quand elles en avaient cinquante, je me rappelle bien d'elles, j'ai le souvenir de vieilles femmes qui avaient eu quatre et six enfants, et avaient passé leur vie, sans la refaire, à élever leurs rejetons, dont papa et maman. Elles auraient suscité le scandale et la réprobation si elles s'étaient prises un mari, et je ne vous parle pas d'un amant !

Là, je vois un véritable arc-en-ciel de couleurs, sur les jupes, longues, moyennes, courtes, les pantalons, les rubans dans les cheveux, eux-mêmes de toutes les couleurs, avec des teintures étonnantes, les maillots, corsages, chemisettes, et je trouve que ces messieurs, dans le domaine, ont fait beaucoup de progrès depuis quelque temps.

Je regarde au loin quatre jeunes filles d'origine maghrébine d'une vingtaine d'années. Elles sont toutes en jean serré, avec juste au corps, et une d'entre elles exhibe un décolleté que même au temps de grandes audaces post-huit je n'aurais jamais osé assumer. Deux autres sont décrêpées, une est teinte en blonde, mais surtout, tout en elles expriment la joie de vivre, de rire, de croquer la vie, de séduire, mais aussi de se faire respecter, de ne pas se laisser emmerder, disons le ! Elles ont de la malice dans les yeux, mais aussi cette détermination de ces femmes prêtes à défendre chèrement leur liberté. Je ne peux m'empêcher, en les voyant, de penser à cette image qui m'a marquée, et mise en colère, la semaine dernière.

De passage à Paris, je suis allée voir Paris Plage, pour ne pas mourir idiote. Et, devant l'Hôtel de Ville, j'ai vu une jeune fille de 17 ans environ, assez forte par ailleurs, voilée et couverte de la tête aux pieds, jouer au volley-ball ! En plein soleil, il devait faire 50 degrés. Pendant que son mec, ou son frère, ou copain, qui jouait en face d'elle, était en caleçon et torse nu, à l'aise, lui ! J'étais partagée entre la haine, la pitié, la colère, l'envie de lui arracher ce voile encore plus ridicule dans ce contexte, d'insulter le garçon, et une culpabilité à l'idée de le faire, sans doute issue de mon éducation catholique. Mal à l'aise, je m'étais éloignée sans mot dire.

Je ne peux que revoir cette image en regardant les quatre jeunes filles passer devant moi, hilares, et s'éloigner en dandinant des fesses, sur lesquelles j'avoue m'attarder pour le plaisir des yeux. Je me dis que les barbus qui voudront leur mettre le voile, à celles-là, devront sans doute se lever de bonne heure, mais n'y a-t-il pas des jeunes filles voilées qui ont été comme cela avant que cela ne leur arrive ?

Je vois passer maintenant une femme un peu forte, la quarantaine, et je la trouve, elle aussi intéressante. Elle n'est pourtant pas dans les critères des magazines de mode, mais elle n'a aucun complexe, elle est bien dans son corps, bien dans sa tête, cela se voit dans sa tenue, à son regard, à sa démarche. Elle a un short noir, un maillot léger vieux rose, et personne ne songe à se moquer d'elle, je n'entends, à mes côtés - la terrasse est bondée - aucun commentaire désagréable ou malveillant.

Je me souviens de toutes ces bêtises sexistes que j'ai entendu tout au long des époques de ma vie. Les premiers seins nus sur les plages. Au-delà du scandale et des cris des moralistes catholiques, les commentaires de certains crétins qui voulaient bien qu'on montre nos seins, mais s'ils étaient agréables à l'œil ! Que les supposées moches, les trop grosses, les trop maigres, les trop vieilles, ne gâchent pas le plaisir des voyeurs (et de leur gros bide). Je me souviens des blagues subtiles des hommes avinés, à la fin des repas : "la femme au volant, la mort au tournant", ponctuée de gros rires gras. Je me remémore des premières minijupes de Françoise
Hardy, et du scandale que cela avait provoqué. Je me rappelle de ma mère, recevant un avertissement pour être allé travailler en pantalon, alors que le règlement intérieur l'interdisait. Je ne peux oublier évidemment nos batailles pour la contraception, pour le droit à l'avortement, et me dis qu'on peut être fières, de ce que nous avons légué à nos filles et à leurs copines. Même si cela leur est tombé tout rôti dans le bec, et que pour certaines, elles ne peuvent imaginer ce qu'était le discours sur la virginité au mariage, la pression du curé sur nos parents, sur le divorce et sur le regard et les insultes qu'essuyaient à l'époque les filles-mères et leur progéniture.

Tu t'égares ma fille, et tu commences à jouer les vieilles qui se racontent leurs histoires d'anciennes combattantes, ressaisis-toi ! Surtout que je vois arriver un monsieur, la quarantaine environ, qui, je ne saurais l'expliquer, m'attire l'oeil tout de suite. Allons bon, me voilà le coeur battant, telle une jouvencelle encore innocente.
Reprends-toi ma fille, tu ne vas pas te compliquer la vie de nouveau ! Mais la place à côté de moi étant libre, je me prends à rêver que cet homme, qui n'est plus qu'à dix mètres de là, va s'y asseoir. J'y pense très fort, en me disant que plus je vais y penser, plus il y aura de chances qu'il s'arrête. Et cela marche, il s'arrête. Inutile d'insister, vous n'en saurez pas davantage, mais je vous jure que la vie peut être belle, quand il y a du soleil dans le ciel, et dans les coeurs.

Et une pensée pour mes deux grands-pères, que je n'ai pas connus, mais qui ont fait 36 et nous ont obtenu les premiers congés payés.

Vive les vacances démocratiquement reconductibles !



09-09-2004

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