La théologie judéo-chrétienne a placé le corps en tension entre l'aspiration céleste et les désirs terrestres. L’Europe chrétienne au Moyen âge a longtemps considéré le corps humain seulement comme le réceptacle de l'âme, un corps synonyme du péché originel qu'il faut dominer pour laisser épanouir le divin. En réalité, le corps n'est pas simplement l'incarnation de l'Esprit. La Réforme a proclamé la Grâce de Dieu comme une réalité première sur la vie du croyant; cette justification par la foi ne se réduit pas à l'Esprit, mais touche l'être tout
entier!
S'exposer, se dénuder, s'afficher, séduire, se voiler ou disparaître: l'image du corps est encore soumise à rude épreuve! La tentation est double: soit instrumentaliser son corps pour mieux le contrôler, ou l'idolâtrer en le poussant à une quête de perfection et de jeunesse éternelle. Paradoxe de ce corps, expression à la fois pour marquer son individualité et son appartenance au groupe, par des tatouages, piercings ou scarifications. Sommes-nous vraiment sortis des ascèses religieuses et autres mortifications moyenâgeuses pour contrôler notre corps?
Sous l'influence de l'audiovisuel, le corps est un langage qui traduit aussi les normes imposées par la société médiatique. Le corps, objet de consommation par sa mise en jeu sociale, a de la peine à résister aux abus. Il faut maigrir à tout prix pour être présentable, masquer ses rides pour apparaître sous un nouveau jour... Le corps, objet de toutes les attentions et de tous les soins,
est poussé à l'extrême par l'homme qui veut le modeler à ses envies ou ses besoins. Les dangers de l'anorexie et de la boulimie sont l'expression de souffrances profondes dans l'illusion de tout maîtriser. Le risque de la chirurgie esthétique devenant la seule planche de salut comme forme de psychothérapie pour mieux s'accepter. Le corps, objet de culte, sera honoré aux Jeux olympiques en Chine, mais
les performances sportives n'évacuent pas les scandales du dopage, le pouvoir de l'argent sur les athlètes de haut niveau.
Le corps n'est pas quelque chose que l'on a, mais ce que l'on est, affirmait Paul Ricœur. S'affranchir de soi-même, se réconcilier avec son image de soi, c'est permettre au corps de redevenir un sujet pour se libérer des aliénations du monde. Ce dossier est une invitation à porter un regard libéré et confiant sur nous-même et sur ceux qui nous entourent pour ne pas bronzer idiot.
Bon été! .