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Glorifiez Dieu par votre corps

« À la sueur de ton visage tu mangeras du pain ». Cette phrase clôturant l’histoire biblique du paradis (Gn 3,19) décrit une existence pénible sans place pour le divertissement et le jeu

Le mot d’ordre serait: « Prie et travaille ! » (Ora et labora). En tous cas, il l’était pour les hommes et les femmes des 3 000 dernières années : pour les juifs et les chrétiens, ceux du couvent, et davantage encore pour ceux « du monde ». L’homme qui peine dans son travail est à l’image de Dieu.

Place au sabbat
Ce n’est cependant pas le dernier mot de la Bible. Cette scène s’ouvre sur le sabbat, comme le couronnement de la création. Le jour du repos de Dieu est aussi le jour qui permet à l’Homme de se reposer et de se retrouver lui-même. Le sabbat est le jour où l’on fait la fête ensemble, et le moment où le jeu les invite toutes et tous.
Ainsi la Bible ne parle pas seulement du conflit mortel entre les frères Caïn et Abel, mais elle voit plus loin et met en lumière les petits-fils et les petites-filles de Caïn. L’un s’appelle Tubal-Caïn et il est le premier de ceux qui travaillent le bronze et le fer, et l’autre porte le nom de Youbal et est le père des joueurs de cithare et de flûte. On reconnaît dans ces types d’humains tout ce qui se trouve dans l’Homme : le travailleur et le joueur. S’il n’y avait qu’un des deux, l’image de Dieu serait incomplète ; mais lorsque les deux se retrouvent, dans leurs loisirs et leurs labeurs, l’Homme devient un être complet.

Un culte véritable
Certes, les choses n’ont pas toujours été aussi évidentes pour l’Église. Ambroise, l’évêque de Milan et l’un des grands docteurs de l’Église Ancienne, exprime dans son commentaire de l’évangile de Luc la position de bien des chrétiens à travers les siècles : « Il vaut mieux pour l’homme de se détacher du corps pour s’attacher à Dieu… ». Paul conteste énergiquement cette manière de refuser ce qui relève du corps. Dans la querelle entre les deux conceptions, celle qui veut hisser la vie spirituelle bien au-dessus du corps et celle qui exige toute liberté pour « les choses du corps », il prône le principe : « Glorifiez donc Dieu avec votre corps ! » (I Cor 6, 20). Pour lui, le vrai culte ne peut être que celui qui est rendu à Dieu, et cela dans l’unité du corps et de l’âme. D’ailleurs, qui peut se tourner vers l’Autre si ce n’est à l’aide du corps. Paul se sert largement et librement des images en cours dans le sport professionnel de l’époque pour exprimer l’engagement exemplaire dont devra témoigner le chrétien dans sa vie de foi. « Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse ; eux, c’est pour une couronne périssable, nous pour une couronne impérissable » (I Cor 9, 25). Pour l’apôtre les choses ne sont pas pures ou impures en elles-mêmes, mais tout dépend si et comment elles servent à l’édification de la vie chrétienne et de la communauté chrétienne.

Faire corps
Alors, est-ce que les Églises n’auraient pas refoulé ou même combattu cet héritage ? Le sport faisait traditionnellement partie des péchés qui devaient mener directement en enfer, sur la large voie, en compagnie du théâtre, des jeux de hasard, de la licence morale… Les grandes Églises avaient des problèmes pour relever les défis sociaux des temps modernes, et elles en avaient autant avec le sport. Grâce au travail d’associations et d’initiatives privées, comme par exemple celui des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens (UCJG), que le sport fut intégré dans le travail chrétien de formation : son mot d’ordre « Le caractère bien plus que la victoire » (Character above victory) en indique clairement l’objectif. L’Homme est représenté dans le logo du triangle des Unions, avec ses trois points : l’esprit – le mental – le corps (Spirit – Mind – Body). C’est précisément pour cette formation du caractère que furent inventés les jeux de basket et de volley – comme une contribution chrétienne.

Le corps à l’épreuve
L’évêque Wolfgang Huber, ancien président du Conseil de l’Église évangélique en Allemagne (EKD), évoquait cette tradition : « Je souhaite une initiative commune qui s’engage en vue de la formation de tout l’Homme ». Les sports de compétition devraient avoir pour but et perspective la performance du corps comme d’une partie de la personnalité qui connaît un développement vraiment humain. Par contre, le corps qui se glorifie et se voue un culte à lui-même, s’engage sur une fausse piste, tout autant que l’esprit de l’intellectuel désincarné ; mais la reconnaissance pour le don de la vie conduit vers l’aptitude à pouvoir se sentir chez soi dans son corps avec toutes ses dimensions.
Albrecht Thiel, Dortmund



31-05-2008

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