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Témoigner de l’Évangile en Corée
Chaque année, l’Église presbytérienne de Séoul organise le séminaire « Kimchi », en invitant une délégation d’un pays étranger à réfléchir sur le sujet de la croissance de l’Église. Cette année, une vingtaine de pasteurs réformés et une dizaine d’évangéliques français ont passé 10 jours dans la capitale coréenne
Ce qui frappe d’abord, c’est la taille des Églises. Les chiffres nous font tourner la tête… L’Église qui nous a accueillis compte 15 000 fidèles. Un temple de trois mille places qui se remplit quatre fois le dimanche, dans un bâtiment d’église de huit étages… des centaines d’enfants et de jeunes, un culte en langue anglaise, un culte orienté vers les handicapés, des salles de prière (souvent occupées), diverses salles pour les études bibliques et au dernier étage une salle de restauration qui sert plus de mille repas tous les dimanches ! De quoi étonner notre équipe française ! Mais l’Église presbytérienne de Séoul est loin d’être la plus grande : l’Église presbytérienne Yougnak compte 60 000 fidèles, l’Église méthodiste Kwanglim 75 000 et l’Église pentecôtiste de Yonggi Cho plus de 700 000 ! Aujourd’hui 30 % de la population est chrétien pratiquant dans ce pays de tradition bouddhiste, où le protestantisme n’a fait son apparition qu’à la fin du XIXe siècle.
Une croissance spectaculaire
Trois réponses sont avancées pour expliquer cette croissance spectaculaire de l’Église en Corée ? Tout d’abord, la pratique de la prière en Église, et plus précisément de la « prière matinale ». Tous les jours dans chaque église des centaines de fidèles se réunissent avant l’aube pour prier. Ensuite, le suivi des personnes. La vie paroissiale très structurée est centrée sur les cultes du dimanche, où les nouveaux sont systématiquement accueillis, mais elle trouve sa dynamique pastorale dans les petits groupes qui se réunissent en semaine. Des centaines de laïcs sont formés pour encadrer une dizaine de familles chacun, formant ainsi des réseaux de solidarité et de prière. Ce modèle semble correspondre bien à une société asiatique qui est fortement marquée par l’esprit de groupe. Enfin, des projets clairs, portés par toute l’Église. Projet de construction d’un centre pour personnes handicapées, prière pour l’évangélisation du pays et pour l’ouverture de la Corée du Nord, projets de lecture biblique en Église… Dans l’Église de Séoul on les appelle des « projets de la Mer Rouge », un véritable défi de foi qui peut impliquer chacun.
Une situation ambiguë
La situation des Églises en Corée n’est pas sans ambiguïté. Le pays est aujourd’hui traversé par la modernité et la prospérité qui touche les Églises, dont les bâtiments ressemblent parfois à des palais de congrès et l’organisation à celle des entreprises. Pourtant, nous avons trouvé une Église très attachée à ses racines. Son culte est sobre, sa théologie calviniste. Ses cantiques sont traditionnels, le plus souvent d’inspiration occidentale. Il y a un grand respect des anciens, dont beaucoup sont profondément marqués par la souffrance. En même temps, une jeunesse dynamique s’élève, plus ouverte, plus moderne.
Ambiguïté aussi par rapport à la société elle-même. Malgré un projet de prière pour que 75 % de la population devienne chrétien d’ici 2020, en réalité la croissance des Églises ralentit déjà et le phénomène des chrétiens « sociologiques » commence à être un vrai problème.
Devant la vitalité du christianisme coréen, nous aurions pu rencontrer un paternalisme à l’égard de notre petite délégation française. Mais, il n’en était rien. L’accueil des fidèles de l’Église était sans limites et leur désir de tisser de solides relations entre nos Églises, profond. Nous gardons le souvenir merveilleux d’une Église qui a su garder son ouverture et sa confiance en l’Évangile, dans la souffrance et dans la prospérité. Andy Buckler
Antoine Nouis