Quelle Eglise voulons-nous pour les années qui viennent ? En quoi devons-nous adapter les structures et les pratiques de l’Eglise aux évolutions de la société, tout en affirmant clairement aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui la permanence de l’Evangile de la Grâce ? Comment traduire une Parole d’espérance en actions concrètes et motivantes pour nos contemporains ? Pour l’Eglise réformée en région parisienne, les enjeux des prochaines années sont à la hauteur de ces questions.
L’Eglise de Jésus-Christ
Mais si ces questions nous appartiennent, elles sont avant tout des interrogations humaines. Les Réformateurs ont défini l’Eglise comme un événement, car « là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». L’Eglise de Jésus-Christ est alors le lieu, le temps où se rassemblent, autour de la Parole, tous ceux qui se sentent appelés à confesser que Jésus de Nazareth est bien le Christ de Dieu.
Si ces hommes sont animés de questions humaines, les réponses, elles, ne se trouvent cependant pas dans des organisations, des projets, des activités ou des structures. Elles se reçoivent de tout ce que Dieu donne à ses enfants comme souffle, paix, élan, soutien. Elles se reçoivent de la conversion des cœurs.
Pour les Réformateurs encore, les Eglises locales sont une trace de cet appel fait à chacun, lorsque les fidèles acceptent d’ouvrir leur vie à une Parole et une réalité qui les dépasse. Les Eglises sont donc secondes mais non pas secondaires, l’essentiel se trouvant dans le partage communautaire de la Parole. Mais il importe alors à chacun de se mettre au service de ce souffle commun.
Des projets humains nécessaires
Si c’est bien Dieu qui donne projet à nos vies et suscite ses serviteurs, il importe en revanche que nous nous en nourrissions pour vivre notre propre vie d’hommes et de femmes. En nous ouvrant à la réalité des frères et des sœurs qui nous sont confiés, en témoignant du sens que la Parole fonde dans nos existences, en cherchant les moyens les plus adéquats à ce témoignage, en y invitant chaque membre de l’Eglise, quel qu’il soit. Au projet universel de Dieu pour l’être humain, sont donc cependant appelés à correspondre nos projets personnels, locaux ou régionaux, limités et imparfaits, que Lui seul pourra soutenir de son souffle.
Se laisser traverser
Bâtir un projet, rayonner, n’est cependant pas chose facile. Car le rayonnement ne se décrète pas, ne se prévoit pas, ne s’organise pas. Il émane du changement intervenu en chacun, par la foi. Ainsi, une Eglise qui rayonne, ne sera pas forcément celle qui met en place le plus d’activités possibles, au risque d’y perdre les forces et l’énergie de ses membres. Ni celle qui saura s’organiser pour capter à l’extérieur la plus grande attention possible. Mais peut-être bien celle qui saura se laisser traverser par un souffle, une attention, un changement de regard sur le monde mais aussi et surtout sur elle-même. Jésus-Christ n’a pas appelé ses frères et ses sœurs à changer le monde, mais à changer leur cœur. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même… ».
Une Eglise qui se laisse aimer, a(n)imer par son Seigneur, s’en trouve alors densifiée, transformée, irradiée. Son rayonnement ne correspond pas à des techniques humaines ou une volonté particulièrement militante ou zélée, mais à une intensité de vie qui ne peut que transparaître.
Nos projets d’Eglise, projets humains locaux ou régionaux, seront ainsi les moyens particuliers et l’organisation nécessaire mis au service de la vie de foi des communautés. Une Eglise rayonne quand son cœur est rayonnant. Les projets qu’elle met alors en place à l’aide d’actions ou de techniques, sont ainsi des supports pour la foi de ses membres, et des supports de sa foi vers le monde. Les Eglises locales de la région ne s’y sont pas trompées en inscrivant en filigrane de leurs projets de vie les préoccupations que le Synode partagera : l’édification de chacun, le sens de la communauté, et sa visibilité.
Un projet commun ?
Soucieux d’identifier et de délimiter les enjeux posés par la société en région parisienne, le synode régional a voté en 2003 un Rapport d’Orientation qui constitue la ligne directrice du travail de la région et de son Conseil jusqu’en 2009. Vous en retrouverez dans ce dossier les principaux points, ainsi que la traduction dans des implications concrètes qui en a été réalisé par le Conseil régional. La réflexion du présent Synode constitue une seconde étape dans la réalisation de ce projet sur six ans. Celui-ci n’est pas un projet régional unique et s’imposant à tous, mais un soutien aux projets des Eglises locales.
Rappelons juste ici l’importance et l’urgence de la solidarité entre les régions et entre les paroisses. Depuis de nombreuses années déjà, la situation de notre Eglise réformée est pour le moins contrastée. Sur le plan national, certaines régions vivent des réalités très difficiles, rendant indispensable une solidarité active de la région parisienne, dont la situation est elle-même précaire. Au sein-même de notre région, des paroisses sont en croissance ou se portent de mieux en mieux, alors que dans le même temps l’écart se creuse avec d’autres, qui n’arrivent pas à trouver les bases nécessaires à une assise satisfaisante.
Des projets en commun
En face de cette réalité, le Rapport d’Orientation de 2003 a privilégié le rayonnement des Eglises locales, par le biais de liens plus forts avec les Eglises voisines, et de regroupements concertés allant jusqu’à la redéfinition de certains postes pastoraux.
Le but est d’une part de réaffirmer que la réalité de l’Eglise se situe avant tout dans le partage de la Parole au sein des communautés locales, et d’autre part d’adapter avec pertinence les ressources de l’Eglise aux réalités des mouvements de population et des changements de pratiques de la société. Mieux annoncer l’Evangile par une présence ancrée au cœur d’un monde en mutation.
Une communauté de projets
Le Conseil régional a donc appuyé cette démarche en la traduisant à son niveau par des actes concrets, notamment par la formation des conseillers presbytéraux et des trésoriers, les rencontres de pastorales, le soutien des projets locaux de collaboration et de rapprochement, la sensibilisation des Eglises locales lors de rencontres par consistoire au mois de mars dernier, etc. Il a en outre demandé à chaque communauté d’établir ses priorités par le biais d’un projet de vie locale.
Les conseils presbytéraux ont largement répondu à cet appel. Ils ont redéfini leurs orientations et leurs actions, en y consacrant parfois beaucoup de temps et d’énergie. Un regard transversal sur les différentes contributions reçues est alors apparu nécessaire, mettant à jour des atouts, des craintes, des perspectives. Il vous est proposé par le biais d’une brève « synthèse des projets de vie locaux » située dans ce dossier, à laquelle fera écho une étude plus approfondie des enjeux, que nous partagerons lors de la première soirée du synode.
La diversité de ces projets locaux est importante. Elle traduit cette conviction du protestantisme qu’il n’existe pas un Evangile unique pour tous, dans une Eglise unique, mais un Evangile destiné à chacun avec des Eglises unies par leur Seigneur. C’est bien d’une communauté de projets dont il s’agit, qui doivent permettre de relever le défi du témoignage par des liens plus forts de partage et d’entraide entre nos communautés.
Non pas pour nous, mais avec nous
En France, nos Eglises réformées vivent une période difficile. Et il est important que les membres des Eglises locales le sachent et se mobilisent. Chaque année, entre 1 et 3% des personnes engagées quittent l’Eglise sans être renouvelées. La catéchèse et le scoutisme ne sont plus les vecteurs qu’ils ont été pour l’engagement de générations de protestants. En revanche, la réalité œcuménique de la plupart des couples a transformé la célébration de nombreux cultes, et jusqu’à la façon de considérer l’Eglise.
Le protestantisme dans son ensemble, souffre aussi d’une image très floue, tendue entre le classicisme calvinien et l’approche évangélique, l’idée que l’on se fait du protestant austère et grand bourgeois et la réalité militante des engagements sociaux sur le terrain, … Cette pluralité d’images ne favorise ni la visibilité du témoignage, ni l’ancrage des chrétiens dans des communautés.
Les Eglise locales de notre région peuvent choisir de ne pas se résoudre à l’acceptation de cette situation. Ni de se satisfaire de la disparition de l’équivalent d’une paroisse tous les ans. Le Synode régional 2005 a donc pour but de donner des moyens aux Eglises locales pour continuer à renforcer leurs priorités et leurs actions concrètes, et mettre la région en situation de pouvoir les soutenir efficacement et durablement.
Le synode régional travaillera en trois phases
- Exposé sur les projets de vie (vendredi soir)
- Travail en ateliers pour échanger des pratiques et fixer des directions d’actions prioritaires, enrichir et poursuivre la réflexion sur les projets de vie locaux, et donner ainsi la possibilité aux cellules régionales d’adapter encore leur action aux besoins des Eglises locales (samedi après-midi)
- Discussion et rédaction d’un message aux fidèles des Eglises, concernant l’édification, la visibilité, et le sens de la communauté en vue de son rayonnement (samedi après-midi et dimanche matin).