|
Ce mois-ci : Recevoir - Transmettre - Partager
Le sacrifice du Christ
Quel est le sens du mot « sacrifice »
Quel est le sens du mot « sacrifice » qui était employé dans la liturgie du Temple juif pour désigner les immolations de bœufs, d’agneaux, etc. Comment a-t-on pu transférer ce mot à la mort de Jésus, événement historique dont les responsables - Pilate et les soldats qui exécutaient ses ordres - ne peuvent aucunement être regardés comme des sacrificateurs ? Le mot a été employé, dès le Nouveau Testament, pour expliquer le sens de la mort de Jésus. Mais comment en est-on venu là, et sur quels textes repose cette interprétation d’une mort qui fonda la Nouvelle Alliance et « acheta », si l’on peut dire, la rédemption de l’humanité pécheresse ? Le mot sacrifice et le verbe grec correspondant ne sont appliqués que rarement à la mort de Jésus dans le Nouveau Testament. Mais un certain nombre de textes indiquent le sens que Jésus attribuait lui-même à sa mort. Outre ses propres paroles, il faut examiner la façon dont les auteurs apostoliques ont compris et interprété cette mort.
Christ, notre Agneau pascal
Dans le développement de la première lettre aux Corinthiens, Paul insère une allusion à la Pâque, dans le cadre inattendu d’une semonce adressée à la communauté locale. Incidemment, l’apôtre fait remarquer qu’« un peu de levain peut corrompre toute la pâte » (1 Co 5, 6). Il faut donc que les fidèles « se purifient du vieux levain pour être une pâte nouvelle », car ils sont des « azymes ». L’arrière-plan de sa réflexion est inspiré par le temps pascal, durant lequel il écrit sa lettre. Car, dit-il, « notre Pâque à nous, Christ a été immolé » (1 Co 5, 7b). Christ est écrit sans article : c’est ici l’équivalent d’un nom propre. Le verbe employé pour désigner symboliquement sa mort, l’assimile à l’agneau pascal : sa mort a réalisé « notre Pâque ». Cette fois, Paul recourt à un langage figuratif qui montre, dans la délivrance d’Israël, l’annonce symbolique de notre délivrance. L’expression de l’apôtre est concise : il faudra examiner ses autres lettres, notamment l’épître aux Romains, pour comprendre comment la mort de Jésus, rapportée ici à son titre glorieux de « Christ », a effectué cette délivrance. Il reste que, pour l’instant, le simple emploi du verbe « immoler » suggère une interprétation sacrificielle de sa mort. Et non point de n’importe quel sacrifice, mais celui dont l’agneau de la pâque juive était l’image annonciatrice.
Voici l’agneau de Dieu
Il faudra donc, en lisant le Nouveau Testament, fixer l’attention sur tous les textes où reviendra le symbole de l’Agneau, ne serait-ce que celui de Jean où le Baptiste parle de Jésus en le désignant par ce symbole à double sens : « Voici l’Agneau de Dieu, qui porte le péché du monde » (Jn 1, 29). Si l’Agneau possède, comme symbole, une résonance pascale, le fait de « porter le péché du monde » oriente la pensée du lecteur dans une autre direction : celle des sacrifices pour le péché. Mais il faut attendre la lecture de l’épître aux Hébreux pour trouver ce thème d’une façon explicite. L’apôtre Paul se réfère au livre de l’Exode pour comprendre le sens de la mort de Jésus en référence au rituel de la Pâque : l’égorgement des moutons comme immolation rituelle.
Pierre Grelot, enseignant en Nouveau Testament
|