Le mot, " mission " a été de tous temps un terme spécifique du vocabulaire chrétien. Par nature l'Eglise est missionnaire. Elle n'existe que pour partager avec le monde entier - les hommes et les femmes - la Bonne Nouvelle, l'Evangile de Jésus-Christ. Depuis l'apôtre Paul jusqu'à aujourd'hui, la mission a eu des allures extrêmement variées et certaines fort contestables, qui ont été heureusement contestées par les Eglises elles-mêmes. C'est ainsi que dans l'histoire récente du XIXe et XXe siècle, la mission a été associée ou parfois s'est associée à la colonisation. Il fallait donc pouvoir, après la décolonisation repenser la mission de l'Eglise en prenant en compte la réalité : il n'y a plus de pays de mission, ou plutôt, tout l'espace habité est un espace de mission. Il n'y a plus des Eglises missionnaires, en général les Eglises d'Europe, et des Eglises bénéficiant de la mission, celles qui sont loin géographiquement, économiquement et culturellement de l'occident. Cette prise de conscience s'est traduite par un changement de vocabulaire et de structure. La Société des Missions de Paris a laissé la place à deux organismes aux noms étranges, peu médiatiques et peu compréhensibles hors du cercle des initiés : Le DEFAP (Département français d'action apostolique commune) et la CEVAA (Communauté évangélique d'action apostolique). Il y a peu le DEFAP est devenu : Service Protestant de Mission (DEFAP).
Les changements de vocabulaire traduisent de nouvelles conceptions de la mission et la mise en place de nouvelles structures. En 1980, onze ans après la création de la CEVAA, dirigée alors par un Conseil, les Eglises membres manifestent leur insatisfaction de son fonctionnement. En 1996, les Assises de Torre-Pelice refondent la CEVAA. En 1999, l'adoption de nouveaux statuts, transforme la Communauté d'action apostolique commune en Communauté d'Eglise en mission et le sigle s'écrit désormais Cevaa. C'est un changement profond, dans la continuité. La continuité avec le projet de 1971 qui cherchait à plus de justice dans la répartition des pouvoirs, des responsabilités et des prises de décisions entre les différentes Eglises membres. Changement car désormais, la Cevaa est dirigée par une Assemblée générale où siègent deux délégués par Eglise dont un doit représenter ou les femmes ou les jeunes. La première assemblée s'est tenue à Sète en 2000, la seconde, du 30 octobre au 8 novembre 2002, à Porto-Novo au Bénin.
Réfléchissant sur leur pratique de la mission et après examen des " programmes missionnaires " décidé en 2000 à Sète, l'Assemblée de Porto Novo dispose que " toutes les actions des Eglises membres doivent dès lors montrer cet engagement à servir les plus démunis de nos sociétés " écrit le pasteur Anani Kuadjovi-Ayedewou. Il poursuit : " il s'agit pour la Communauté et les Eglises de mieux gérer les ressources dont elles disposent afin de répondre aux défis sociaux, religieux, spirituels qui se posent à elles ". L'Assemblée a adopté la Charte de la Cevaa et levé le moratoire sur de nouvelles adhésions. Par ailleurs, l'échange de courte durée - de deux semaines à un an - de personnes a été proposé comme une possibilité de briser l'isolement des peuples et des individus. Cette mise en relation sera poursuivie par le lancement d'un réseau de communication intitulé " Réseau, partage, communication ". Dans le dossier de ce mois, nous donnons la parole à des femmes et des hommes, venant de partout ou presque, qui ont vécu cette seconde assemblée. R.D. Weill