Nous sommes en 2008 après Jésus-Christ. Toute la terre est dominée par l’économie néo-libérale… Toute ? non ! une communauté peuplée d’irréductibles chrétiens résiste encore et toujours à l’envahisseur. C’est la Cevaa
Pas besoin d’être expert en économie pour constater que le néo-libéralisme s’appuie sur deux piliers : l’argent et l’image. Ni l’un ni l’autre ne sont condamnables en soi. Ils sont des outils que les communautés humaines se donnent pour faciliter les échanges. Lorsque l’accumulation des richesses devient le but d’une vie, lorsque la recherche du profit se fait aux dépens de la sécurité des travailleurs et de l’environnement, lorsque les marchés financiers imposent le prix des matières premières, alors l’argent est roi, et l’être humain son esclave, lorsque vendre une image est plus important qu’expliquer le contenu, alors l’image est reine, et l’être humain son esclave. La mondialisation néo-libérale incite nos sociétés à se construire autour de deux principes : la loi du plus riche et la loi du paraître. Lois profondément inégalitaires et injustes, et comme telles inacceptables pour les disciples de Jésus-Christ.
Les plus riches n’ont pas le pouvoir
Depuis 1971, des Églises européennes, africaines, océaniennes (35 aujourd’hui) se sont organisées en communauté sous une autre loi, celle du partage de l’argent et de la parole. Héritière de la société des Missions de Paris, la Cevaa met un point d’honneur à partager les ressources financières de manière équitable. Celles-ci proviennent essentiellement des Églises membres qui reçoivent en retour une part du pot commun pour leur permettre de mettre en œuvre leurs projets missionnaires en matière de développement, d’évangélisation, de diaconie. Qui décide du mode de répartition ? Pas les Églises réformées et luthériennes de France qui assurent à elles seules 67 % des contributions. Pas les Églises de Suisse (24 %). Mais toutes les Églises ensemble lors des Assemblées générales où chaque Église dispose de deux sièges, quelles que soient sa taille et sa contribution financière. Ce ne sont donc pas ceux qui donnent le plus d’argent qui décident. Les plus riches n’imposent pas leur volonté aux plus pauvres. Ce n’est pas toujours facile à vivre. Car les gros contributeurs estiment parfois avoir leur mot à dire sur la manière dont l’argent est dépensé, au-delà du simple contrôle des comptes, bien légitime. Et un mot à la hauteur de leur contribution ! Mais la Cevaa résiste au pouvoir de l’argent. Elle résiste aussi au pouvoir de l’image.
La parole est à tous
Foin de la tyrannie du paraître : la parole est au cœur du projet Cevaa. Depuis l’origine, celle-ci valorise l’animation biblique et théologique comme un outil permettant à chaque membre d’Église de comprendre la Bible et de la relier à sa vie. Là encore, le principe d’égalité prévaut. La parole de l’un a même valeur que la parole de l’autre. Mais là aussi, ce principe est exigeant. Car l’échange de paroles est culturellement codifié. Et il arrive dans les Églises que l’interprétation des textes soit confisquée par des autorités patentées ! Que les plus savants n’imposent pas leur point de vue aux plus « petits », c’est le défi permanent que tente de relever la Cevaa.
La Cevaa manifeste qu’il est possible d’organiser des entreprises humaines transnationales sur le principe du partage et de la solidarité. Elle démontre qu’il n’y a pas de fatalité à la domination du monde par les marchés financiers et la fascination de l’image. Le projet de la Cevaa – notre projet – c’est que l’argent et l’apparence ne doivent pas être les moteurs de nos organisations et de nos sociétés. L’existence même de la Cevaa, à côté d’autres organisations œcuméniques, conteste au nom de l’Évangile tout ordre établi sur ces bases. Elle incarne l’espérance d’un monde autre et l’utopie d’une mondialisation au bénéfice de tous. Didier Crouzet, vice-Pdt de la Cevaa