« La main qui reçoit est toujours sous celle qui donne ». Ce proverbe africain exprime le difficile problème de tout projet de don, d’aide ou de solidarité sous l’angle des relations entre les partenaires de la mission
Par définition, une Église qui a un projet de mission est une Église « riche » : elle a des capacités et des moyens qui lui permettent de s’engager dans une action missionnaire. En tout cas elle possède un savoir ou un savoir-faire, et dispose de moyens matériels, techniques ou financiers. Ces Églises sont souvent celles de l’Occident – le lieu de la richesse et du savoir. Toutes ces caractéristiques vont contribuer à mettre ces Églises dans une position de pouvoir. De fait le rapport entre l’Église qui offre un service et celle qui reçoit entraîne une situation de dépendance pour l’une et une position de pouvoir pour l’autre. Une relation juste exige que le schéma traditionnel de la mission soit remis en question. En cela l’exemple de la Cevaa est riche d’enseignement et se présente comme une alternative à la mission traditionnelle. Les partenaires de la mission doivent jouer à fond deux exigences : le partage et le dialogue.
Partage
Le premier principe de la mission est le partage de la Bonne Nouvelle. Vivre une relation juste suppose que cela ne se fasse pas de manière unilatérale. Il faut promouvoir un partage réciproque des savoirs, des idées, des expériences, dans le domaine de la mission certainement, mais aussi dans tout le domaine de la vie sociale et culturelle des églises partenaires. Le partage des ressources reste toujours une question sensible. Les Églises ont à redécouvrir le sens de la communion et à faire une relecture de la première communauté dans le livre des Actes des apôtres. Le partage des informations sur la vie de nos Églises est essentiel : connaître les joies et les peines, les difficultés et les réussites permettront de comprendre la véritable situation du partenaire et mieux, permettront d’intercéder pour lui.
Dans le partage, il y a obligatoirement la confrontation des idées, de la culture, de la notion de temps, du rythme, des manières de prendre les décisions, de résoudre les difficultés. Or le contexte de la mission aujourd’hui est la mondialisation. Ce phénomène nous place dans de nouvelles règles de développement économique, de nouvelles valeurs, de modes d’extraordinaires communications internationales qui imposent progressivement à l’ensemble du monde une culture unique. Le partage sincère et réciproque devient de moins en moins évident ! Le défi pour une relation juste dans le domaine de la mission exige plus que jamais le respect de la différence et de résister à la culture unique.
Dialogue
Entrer en dialogue, c’est devenir une Église attentive et ouverte. Les Églises aujourd’hui ont l’énorme chance de profiter des nouvelles communications pour pouvoir en-?trer en relation les unes avec les autres et les mettre à profit pour un dialogue réel, vrai et sincère. Ici beaucoup de modes sont à imaginer ou existent déjà (les sites, les forums, des partenariats entre paroisses…). Les Églises les moins riches et les moins équipées sont toujours pénalisées.
Dans le dialogue il y a l’écoute et l’interpellation mutuelles, qui invitent chaque partie à se remettre en question : c’est ainsi que l’on pourra avancer dans un projet missionnaire et s’engager de manière lucide dans des concertations claires, dans des évaluations et des analyses critiques comme une conversion toujours renouvelée. Le partage et le dialogue conduisent à un enrichissement mutuel et sont déjà un témoignage : s’engager dans une relation juste est déjà Bonne Nouvelle ; puissent nos Églises se saisir de cette chance ! Mirana Diambaye, pasteure de
l’Église évangélique luthérienne de France à Mont-Bart
Excergue : Le partage des
informations sur la vie de
nos Églises
est essentiel